Raid 2017 au Mont Ventoux (84)

03/01/2018 00:00

Mardi 4 juillet 2017, c’est le GRAND jour !

 

D’un auguste geste Léninien, Gérard nous donne la direction, Sud-Est, le Vaucluse et son point culminant à 550 kilomètres. Pour ce nouveau défi, sans doute le plus présomptueux de tous nos raids, notre amiral est devenu terrien. La honte ! Vite, une pincée de sel pour conjurer les mauvais sorts, il doit de plus abandonner le commandement de la flotte de drakkars maraîchins ancrés au large dans la rade de Damvix

En route !

Et c’est ainsi que  cinq vaillants bienheureux, s’élancent. Que la paix, la volonté et surtout la chance soient avec eux.           

Rappelons ces téméraires : René, un tantinet suicidaire eu égard à son manque de préparation, mais pas de panique, plus de 500 kilomètres de mise en jambe l’attendent pour avoir le grand mérite de se présenter au pied de notre montagne sacrée. Patrick, avec un entraînement par semaine ne joue pas dans la même cour que ses copains archi-préparés, mais la volonté compensera. Charlie, ah le bienheureux, la jeunesse et la fougue dans toute leur splendeur, ultra préparé de jour comme de nuit,  physiquement dans les bosses de Mervent, psychologiquement en ayant visionné et revisionné les classiques du printemps, bref le gamin est bien décidé à frapper un grand coup et revenir à Saint Hilaire avec le  maillot blanc, pas trop difficile, il sera le seul jeunot et celui à pois, virtuels bien sûr, l’Amicale n’est pas bien riche. Gérard, notre  « dernie » patenté  très apprécié sur le plat éprouve encore quelques difficultés dans les côtes, heureusement pour nous ; il pourra  parfaire cette faiblesse chronique tout là-bas. Il attend avec impatience les cols du Massif central et le final pour progresser dans cette voie. Et puis enfin le souffreteux, le hoqueteux, le débris, dont je n’ose citer le nom, il suivra, heureux d’être présent, de renouer avec la fine fleur du cyclisme maraîchin après ses longues périodes d’incertitude.

Mais où est donc le reste de la confrérie ?

« Pffffft, des gonzesses ! Préfèrent se faire déposer au pied du Ventoux en bagnole, voire même, peut- être pour certains le grimper dans leur voiture pour se montrer sur la photo. »

Mais bon camarde je tairai les noms.

C’est parti !

Droit devant, pour plus de 500 kilomètres à près de 150 kilomètres de moyenne par jour, il est 8 heures, pas 8h01, non 8h00, le respect des horaires, tudieu ! En route !

Pour ces trois premières journées, le parcours est identique au raid de Saint Hilaire de Beauvoir, il y a deux ans. Bref petit rappel pour les nostalgiques de cette glorieuse en Occitanie, qui  malheureusement n’ont pu se joindre à nous. Souvenirs, souvenirs.

Beauvoir… Chizé… après une quarantaine de kilomètres, ce raid commence bien, juste une crevaison pour contrôler les réflexes. C’est pour Bibi. Décidément ces pneus que j’ai achetés en solde à Emmaüs ne valent pas grand-chose.

Pause à Paizay-le-Chapt… plus loin, déjeuner à Saint Ciers sur Bonnieure.

14 heures, la chaleur s’est à présent  installée, René et le rédacteur préfèrent le siège d’un véhicule à celui d’une selle inconfortable, conséquence d’un manque de préparation et séquelle d’une flémingite aïgue, ramiers !

Alléluia ! Même en zone blanche, par miracle une importante information nous parvient sur les portables. Certes elle ne va pas bouleverser la vie de la nouvelle Aquitaine, mais notre minot Charly apprend qu’il a obtenu son bac. Papa Xavier dans le véhicule balai exulte. L’intéressé, dopé par cette info, nous remet une avoinée dans la première côte venue, comme si c’était nécessaire !

Près de Chasseneuil une magnifique Croix de Lorraine borde la route.

Pas marrant, dans ces courtes montées et descentes une violente douleur touche cette fois notre Phare. Ben ça alors, manquerait plus que l’on devienne orphelins !

Arrêt prolongé, étirements, crainte d’une contracture, c’est une crampe. Poursuite malgré tout jusqu’au bivouac  nom de nom ! Quand le bateau coule, on saute dans les chaloupes et on rame, mais on n’abandonne jamais !

La fin de cette première étape se fait donc à vitesse réduite, avec arrivée salvatrice au camping de Saint Mathieu.

D’accord, ce n’est pas « Relais et Châteaux » mais un petit havre de verdure et de paix situé au bord d’un lac. Pour le bain dans l’onde rafraîchissante, faudra revenir au printemps prochain après la mousson d’hiver, son niveau est très bas et interdit toute baignade. Ce soir on doit se contenter des douches, la sécheresse est évidente.

A présent nos Walkyries Nicole et Nicole rejouent leur partition des années précédentes et nous interprètent leur concerto pour casseroles et salières pour aider à notre bien-être.

Enfin dans la douceur de cette journée finissante vient le moment de goûter à un repos mérité.

Mais tout de même près de 160 kilomètres parcourus pour Patrick, Gérard et Charly, on oublie les couleuvres. Malgré  la chaleur, 700 mètres de dénivelée - 24 kms/h de moyenne.

 

Mercredi 5 juillet

 

Seconde journée, agréable moment que ces départs matinaux estivaux, l’air est léger, toutes les forces vives sont présentes au rassemblement, remises de leur fatigue et de leurs bobos. Mais ont-ils vraiment disparu ? La vie est belle… enfin pour le moment… et  la photo. La suite sera moins poilante mais n’anticipons pas.

C’est reparti. Nous nous enfonçons de plus en plus en Creuse, un département pas franchement réputé pour être un plat pays. Souvenez-vous, le terrain d’entraînement de notre Poupou national.

De fait, nous retrouvons rapidement un paysage agréablement ondulé, sûrement très pittoresque en voiture, mais à vélo !!!

Après 50 kilomètres, nous arrivons à Saint Yriex la Perche lieu de notre pause. L’adjointe au maire responsable des sports, très attentionnée, nous rejoint et nous propose  biscuits, boissons diverses dont un délicieux pétillant de pomme. Que ces gens de la Haute-Vienne sont accueillants ! On y resterait bien.

Ici le « cul noir » règne, moi je l’ai rouge, en feu mais je m’égare, le cul noir est donc  une race de porc qui fait la renommée de la bonne gastronomie régionale.

 Rapidement nous passons en Corrèze, fief de notre Chichi,  pas très en forme ces dernières années.

La chaleur qui se fait de nouveau ressentir ajoute à la fatigue. Par sécurité, nous évitons les grands axes pour emprunter ces petites routes qui sillonnent la campagne limousine. Elles sont charmantes mais en revanche n’ont guère de pitié pour nos mollets émoussés. Elles ne sont pas tracées dans le fond des vallées mais s’incrustent à travers un paysage difficile. On sent l’approche du Massif Central.

Elles favorisent la réémergence des douleurs latentes de la veille. Ainsi ne pouvant plus tenir notre moyenne prévue, nous arrivons avec beaucoup de retard à Sadroc, lieu du déjeuner, en bordure d’un étang.  Nous sommes contraints de modifier notre objectif de l’après-midi.

Petite observation personnelle en dehors de toute superstition exacerbée, à Saint Yriex on s’est arrêtés à côté du cimetière, sûr, ça nous a porté malheur. J’aurais dû emmener ma patte de lapin formolée qui m’avait déjà préservé de tout malheur pour aller en Isère où, souvenez-vous, Jean-Claude avait été honoré du noble titre  de « Chevalier à la noix », celui de la Rose ayant déjà été remis à Sean Connery.

A n’en pas douter cette journée a été rude, mais cela ne nous a pas empêché d’apprécier, même furtivement, les beautés de notre patrimoine.

L’énorme château de « la Pompadour », la favorite de Louis XV. Rappelons que le gâté était un chaud lapin, mais tellement brûlant qu’il est mort d’une maladie contractée par tous ses égarements. Ah c’est plus facile d’être un Casanova quand on est roi qu’être paludéen !

Le château de Brie sur la route de Richard Cœur de Lion retient également notre attention. Mais seulement l’attention, il nous faut avancer coûte que coûte.

Lotie au fond d’une vallée, une abbaye, la chartreuse du Glandier. Au nombre de voitures sur le parking, beaucoup de dévots sont venus, qui, se faire absoudre leurs pêchés, qui, demander une faveur.

Tiens je crois remarquer la voiture de Jean-Pierre. Ce pénitent implore-t-il Saint Christophe pour me « sécher » les jours suivants dans les cols à venir ? Mais cela ne concerne que notre sincère amitié sportive.

Enfin nous voici installés dans un chouette camping avec piscine au bord de la Dordogne, à Monceaux sur Dordogne. A cet endroit son débit est rapide, l’eau est fraîche, 12/13 degrés et contraste avec l’air chaud ambiant. Malgré tout, progressivement hormis la jeunesse intacte, nous rejoignons ses eaux vives pour nous tremper jusqu’à mi-cuisses. Action bienfaisante pour se décontracter ce qui nous sert de force motrice. Pour les sportifs l’eau fraîche a des vertus salutaires après des efforts, on en profite.

Nous prenons du bon temps et nos logisticiennes s’activent, finalement je reviens sur cet emploi fictif présumé de notre secrétaire et épouse du président. J’ai mal pensé un peu hâtivement. L’actualité, hélas vraie que je lis chaque semaine dans un hebdo bien connu finit par me conditionner à voir le mal partout. Je suis perturbé par tous ces couples de profiteurs qui usent et abusent grassement de Marianne la généreuse.

Bref, oublions un moment tout ceci. Une nouvelle soirée dans la douceur s’annonce et clôture la journée.

Au calme dans nos tentes nous pouvons méditer sur les 1800 mètres de dénivellation grimpés, d’autant plus satisfaits de cette performance au regard du peu de préparation, pour Patrick, et encore plus pour René.

 

Jeudi 6 juillet

                                                  

Assurément, ce mini-bain dans la fraîche Dordogne a revigoré nos organismes un peu émoussés, tout le monde est au départ. Au loin, évaporées les douleurs musculaires, tendineuses. Quand la santé va, tout va ! C’est le cas. Patrick s’est peigné la moustache, René a retrouvé son rasoir, le minot piaffe d’impatience pour les difficultés à venir… ne gâchons pas l’instant présent.

Oui, la bonne humeur ambiante ne va pas durer. Après un kilomètre d’échauffement c’est l’électrochoc, on passe dans le rouge. A froid, la brioche et les müeslis ont quelques difficultés à descendre. Ils auraient tendance à remonter, paradoxe alors qu’il nous faut monter environ 400 mètres  de dénivelée et parcourir près de 7 kilomètres pour atteindre La Chapelle Saint Géraud. Petit hors d’œuvre dont notre Phare a le secret. Pas le temps d’aller se recueillir dans ce lieu saint, on a perdu 3 minutes sur le chrono prévu. Inflexible le Grand Chef. J’avais pourtant des péchés à me faire pardonner. Un fardeau supplémentaire à traîner.

Des esprits chagrins vont maugréer sur ces délicats départs. Jamais contente la cyclaille et pourtant on est tout de suite dans le rythme, hein Patrick ces grimpettes au sortir du lit, ça rend pas intelligent. On a  pas rapidement les neurones en effervescence ? OK les jambes un peu moins, je vous le concède, mais pensez à tous ceux qui voudraient bien, mais qui peuvent point. Pour vous dire monsieur, que ces cyclistes là, y pédalent pas, y causent.

De nouveau les kilomètres défilent, l’arrêt approche.

Nouveau petit plaisir, un nouveau mur se dresse devant nous. Qu’importe, on est chaud, 20 %  pour avoir  droit à une pause bien méritée dans le village d’Omps.  Faut pas se priver d’un tel plaisir. Une cinquantaine de kilomètres viennent d’être parcourus.

René a rendu l’âme. Pas de sonnerie aux morts, son genou lui rappelle seulement qu’il est encore convalescent. Patrick profite d’une « aide technique » avec le véhicule balai.

Dans cette folle ambiance nous avalons montées et descentes, que ce Cantal est admirable ! Tiens cette admiration n’est pas partagée ?

A Lacapelle-del-Fraisse, quel drôle de nom, nous flirtons à près de 800 mètres. Comme on peut s’épanouir dans ce relief, excellente prépa pour le Ventoux, merci Gérard, merci Patron !!!

Enfin du répit pour la pause méridienne à Montsalvy, durement acquise après cette longue et pénible montée.

Fuyons le Cantal, nous voici dans l’Aveyron.

La chaleur nous colle toujours à la selle, le programme de l’après-midi est modifié.

De quoi se plaint-on, voici un peu d’histoire contemporaine, nous traversons le village d’Estaing. Notre bon Giscard aurait-il des racines en ces lieux. Pour notre jeunot, nous lui rappelons qu’il a été notre président de 74 à 81. Bonsoir Mesdemoiselles… Bonsoir Messieurs !  Pop !

Nous rejoignons Entraygues sur Truyère et remontons les gorges du Lot jusqu’à Sainte Eulalie où nous passons la nuit.

Hors des grands axes, l’endroit est tranquille, le camping municipal, est situé au bord de ce fleuve à son amont, en queue d’un barrage hydroélectrique de plusieurs kilomètres. Le niveau est anormalement bas, là aussi la sécheresse se fait durement ressentir. A défaut de piscine on peut s’y baigner, il y a encore suffisamment d’eau pour s’y noyer.

Mais qui vient troubler cette douce quiétude ambiante de cette chaude fin de journée ? Mais c’est notre trublion Jean-Pierre qui se décide à nous rejoindre après avoir fait une partie du raid en solitaire. Egoïste ! Perso !

Que ces retrouvailles sont émouvantes entre les Dupont de l’ACP, Jean-Pierre/Jean-Noël qu’un vieux contentieux qui perdure et les lie malgré eux. Il étoffe notre effectif encore réduit.

Sainte Eulalie, village médiéval classé dans les plus beaux villages de France. Malgré la fatigue du jour une visite s’impose.

Mais quelle est la raison de cette fatigue ? 1300 mètres de dénivelée ajoutés à un bref 20 % ça laisse quelques souvenirs.

Bonsoir Mesdames, Bonsoir Mesdemoiselles, Bonsoir Messieurs. Pop.

 

 

  Vendredi 7 juillet 

 

Les forces présentes au départ de Saint Hilaire sont toujours bien là. Aucun renoncement.

On tient le bon bout ! Avant dernière journée. Le plus gros est derrière nous.

Oui mais faut pas trop s’emballer les cocos, on commence, encore, par une matinée quelque peu mouvementée. Copier/coller de la veille, le Cantal n’était pas du gâteau, l’Aveyron n’est pas vraiment réputé pour sa platitude, mais plutôt pour son relief tourmenté, très peu de points communs avec la topographie de notre marais.

Deux cols au programme concocté par notre Etoile du Berger,  c’est pas vraiment de circonstance avec cette canicule, tant pis, tracé en hiver, difficile de prévoir la météo de juillet.

Le col de Montmirat, 1046 mètres, on plonge sur Florac. On remonte sur le col de Jalcreste 836 mètres.

Je ne vais pas trop m’éterniser sur les états d’âme des uns et des autres, après coup on dira pudiquement que Patrick a moyennement digéré ces petites blagounettes, mais il n’était pas le seul.

Sur leur terrain de prédilection les Dupont vont jouer leur rivalité qui dure, perdure depuis une dizaine d’années et ce encore jusqu’à leur dernière demeure, que l’on souhaitera la plus lointaine possible. Mais là leur destinée ne leur appartient pas.

Pour tous,  l’arrivée à leur sommet est un grand soulagement, le contraire aurait été étonnant, quelle banalité !

Moi je pense à ces lâcheurs de Sansais qui à cette heure-ci, au frais prennent peut-être un apéritif sur leur terrasse.  Il est midi, c’est l’heure de la débauche pour des ouvriers de TP, il fait déjà très chaud même au col de Montmirat. En attendant que le regroupement s’opère, aux abris, à l’ombre !

Bravo à René qui à son train n’a pas renoncé et gravi ces dernières difficultés, un avant-goût de ce que seront ces prochaines journées. Faut commencer à sérieusement s’endurcir.

Vient la longue descente sur Florac en Lozère, à l’entrée du parc des Cévennes, située dans une vallée encaissée.

37-38 ? Non, ce n’est pas ma température corporelle, hélas elle n’intéresse pas grand monde, c’est celle extérieure, à l’ombre ! Elle nous contraint d’ailleurs à monter le chapiteau pour nous protéger des brûlants rayons du soleil, amplifiés sur le goudron du parking où nous sommes stationnés.

Durant cette longue et éprouvante matinée nous avons parcouru près de 100 kilomètres, mais surtout 2300 mètres de côtes !

Nous devons abréger là cette journée et gagnons notre prochain lieu d’étape en véhicule à une bonne quarantaine de kilomètres, peu avant Alès. Notre trublion choisit de poursuivre son effort, pour nous retrouver au prochain lieu de bivouac. Ainsi soit-il !

Mais c’est liquéfié, dégoulinant de sueur, qu’il nous rejoint. Son binôme maudit a préféré la prudence, il est redescendu dans le véhicule balai.  Notre bon Don Juan-Pedro dé la Gachéra a dû faire en prime le col de Jalcreste à plus de 800 mètres, quand on  aime on ne compte pas.

Le joli camping qui nous accueille est bien choisi, situé à l’écart de la nationale, il est adossé à la montagne. En contrebas coule une petite rivière, là encore pratiquement aucun débit, le manque de précipitations est criant, les rochers sont à nu.

Des chênes verts, des  pins  Alep procurent de l’ombre sur un sol sec couverts de leurs aiguilles sèches. La nature environnante est de type  méditerranéen.

Mais pour nous, les gens du nord, peu habitués,  le plus frappant c’est assurément le concert continu des cigales. Quasi assourdissant.  Rien à voir avec le doux chant des grillons d’antan, insecte malheureusement de plus en plus discret dans nos contrées

Scrutant la garrigue, j’aurais bien aimé apercevoir la couleuvre de Montpellier, reptile de la région, comme le nom l’indique, pouvant atteindre 2,20 mètres.

Quel est ce chahut ? C’est alors l’arrivée de Jean-Philippe, dit « Jean-Phi » le bourge, au volant de son camping-car avec Patricia sa copilote préférée.

Après l’installation du « bivouac », il fait encore chaud.  Une petite tête dans la piscine du camping est vraiment la bienvenue, que dire de cet accueillant  bar au sortir du bain qui nous tend les bras et nous propose une agréable pression. Le gosier apprécie. Quel contraste après la « tisane » parfumée au plastique et aux phtalates  du bidon surchauffé.

Début juillet il fait nuit très tard, on tarde à table, Jean-Phi nous relate son glorieux passé de  joueur de rugby en nationale 3.

C’est la grosse poilade, je suis émerveillé par la fraternité qui régnait, qui règne toujours je présume dans ce beau sport. Et te m’files un pain, et ch’te rends une beigne. Une cravate ? Réplique amicale par un ramponneau. En mêlée ça se frictionne, ça se mord les oreilles, d’ailleurs ce détail d’oreilles de chou boursouflées comme des tortisseaux  sur ces délicats visages poupins de piliers ne vous aura pas échappé.

Que d’amitié et d’attention démontrées par ces délicats rugbymen !

L’ambiance sur les stades d’athlétisme était tout de même un peu différente. A côté, un sport de grandes folles.

Sur ces beaux et attendrissants souvenirs de notre jeunesse passée, au lit !

 

Samedi 8 juillet

 

Histoire de réveiller la troupe, une ‘tite côte, sans effet pour nos corps à présent aguerris.

Suit un long tronçon de très belle route asphaltée, plat, sans vent, voire à peine favorable. C’est le déclencheur, Gérard retrouve ses jambes de rouleur, plus question d’évoquer des crampes, retour à son naturel, le train. Ces p’tits c… de grimpeurs ont batifolé dans le relief, m’en vais leur montrer ce qu’j’sais faire sur le plat. A mon tour de m’amuser, de faire le frivole.

Au rencart le 30/25, le 50/11 est de sortie. 

Et le compteur de s’affoler, durant une vingtaine de kilomètres peut être plus, il oscille entre 30/35. Devant une telle énergie et abnégation, on ne va pas se permettre de contester la hiérarchie, faut ménager les susceptibilités, on prend donc la courageuse initiative de rester tranquillement à profiter de l’aspiration. Malgré tout il n’est pas digeste pour tous. A un moment faut raison garder et ralentir, une vieille douleur au genou se manifeste chez l’un de nous. Ouf  l’orage sec est passé !

Le Massif Central, les Cévennes sont derrière nous. C’est bon pour le moral.

La plate vallée du Rhône nous permet de récupérer un peu avant l’estocade.  En somme une étape de transition avant le grand jour diraient les spécialistes du Tour.

Nous passons sur le côté d’Alès, Uzès, Bagnols …sur fond sonore du chant des cigales, des noms qui fleurent bon des paysages ensoleillés baignés de douceur. Le marais est décidément une autre planète.

Nous franchissons le Rhône, puis le canal de dérivation qui alimente la centrale de Marcoule. Bizarre je me sens subitement beaucoup mieux, sans doute au passage ai-je pris une dose de rayons énergisants, c’est bien le moins près d’une centrale fournissant de l’énergie.

Après 90 kilomètres nous voici à notre dernière halte de déjeuner, à Caderousse, commune opulente grâce aux royalties de la centrale. Pas craintifs, nous cassons la croûte au pied de la digue de retenue de ce canal. Faudrait pas qu’il y ait une déferlante qui remonte le fleuve suite à un tsunami sur la méditerranée toute proche.

Mais tout ceci est très loin de nos préoccupations, ce genre de « détail » n’arrive qu’ailleurs, au Japon ou en Indonésie. Notre appétit ne faiblit pas, il en faut plus pour le perturber.

Une ombre dans ce ciel limpide, mon binôme infernal me reproche devant l’assistance que je n’ai pas  eu la médaille militaire ?!?!?! A l’évidence le malheureux n’a pas supporté la chaleur et les kilomètres. Certes, mais je n’ai pas été récipiendaire de celle des Palmes académiques glanée dans une pochette surprise un certain 1er avril. Mais on verra ceci dans le Ventoux, conformément à l’amitié qui nous unit.

Monsieur le maire et son adjoint, eux, sont  plus agréables. Ils viennent nous souhaiter un bon accueil avec deux bouteilles de vin de la région, la « Cuvée des digues », le bien nommé. Espérons qu’il n’est pas radioactif.

L’approche de notre objectif nous aurait-elle dopé, la moyenne de ce matin frise les 27 kms/h, pour 85 kilomètres sans vraiment de difficultés, mais 700 mètres de dénivellation tout de même. Nettement supérieure aux jours précédents. Pas surprenant avec cette partie à haut régime du début de matinée.

Pour l’après-midi, une petite quarantaine de kilomètres, pas de quoi affoler les compteurs. Mais un casque réfrigéré serait le bienvenu.

 Mon sens critique va encore m’être reproché. Je ne peux m’empêcher de pester intérieurement contre notre bon ( ?) président. Comprenez et excusez mon courroux  intérieur, nous traversons les célèbres vignobles de Châteauneuf du Pape, Gigondas et Vacqueyras tout proches. Voilà où il aurait fallu camper, dans ce triangle d’or. Même pas le temps de s’arrêter et s’agenouiller pour baiser cette sainte terre. Mécréant !

Mais une image me détourne de ma colère contenue ….    , il est là ! Là-bas, en toile de fond, c’est lui, notre montagne, le Ventoux ! Il émerge de cette Provence,  dominateur de ses près de 2 000 mètres.

Allez les maraîchins notre but est à portée de canon ! oui mais de 155  Ceasar, nouvelle « merveille » de l’artillerie qui envoie ses pruneaux à une quarantaine de kilomètres, et notre  vitesse  sera  moindre.   Encore deux petites heures pour atteindre Malaucène.

Dans l’instant,  la canicule, toujours elle, sévit dans la vallée du Rhône. Pas de mistral pour tempérer l’atmosphère.

Dans une bourgade un feu rouge bloque la circulation pour des travaux, nous sommes plusieurs à trouver un peu d’ombre sur les trottoirs ombragés, quittant un bref moment le goudron surchauffé.

Dernière surprise de la journée, la montée vers Le Barroux, avant de basculer et plonger sur Malaucène notre terminus.

Dans cette dernière difficulté, le groupe s’étire. Nous marquons un ultime arrêt salvateur en cours d’ascension chez un détaillant de vins locaux pour nous réhydrater en eau évidemment, pas en pinard ! Un comble. J’aurai subi toutes les déconvenues.

Les roches grises de calcaire émergent de la garrigue dans un paysage bosselé. Les cigales nous chanteraient-elles des louanges pour notre venue. Ce fond sonore permanent depuis notre arrivée dans cette région nous permet de constater que l’espèce n’est pas en voie de disparition. Où sont nos gentils grillons ? Gamins indignes on les forçait à sortir de leur trou avec un brin d’herbe.

Ce dernier coup de rein à donner est très moyennement apprécié, Ronchon, René n’en garderont peut être pas un excellent souvenir, mais s’en souviendront assurément.

Nous y sommes, Malaucène, la Mecque des grimpeurs fous nous accueille. De fait, cette cité assoit sa renommée pour le célèbre sommet à 21 kilomètres plus haut. La rue principale est envahie par d’innombrables cyclistes de tous les âges et sexes. Elle est bordée de magasins-souvenirs, cafés, restaurants, location de vélos, même avec assistance électrique. Je voulais en louer un pour le lendemain, manque de chance tout était réservé, le dernier par Jean-Pierre encore lui, décidé à me pourrir ce raid…Tout est à la gloire du vélo. D’ailleurs, en cette période de Tour de France, certains bistrotiers ne s’y sont pas trompés en installant des téléviseurs sur leur terrasse qui retransmettent la Grande Boucle.

Et c’est l’installation rituelle au camping pour quatre nuits, un record ! Une nouvelle fois la piscine devient un lieu privilégié en cette fin d’après-midi.

Une grande majorité des campeurs, cyclistes encore, viennent faire le Ventoux ; parmi eux beaucoup d’étrangers, d’Europe du nord, d’autres continents, dont des sud-africains, américains ou australiens.

Arrivée de sang frais, Claude, Philippe, son épouse Françoise, Loïc et Cédric, un jeune sansaien intrépide nous rejoignent pour se jeter dans l’aventure. Partis le matin de Sansais, nous voici regroupés, en force pour affronter l’ogre : Qui sortira vainqueur ? Réponse demain fin de matinée.

Ce soir petite ambiance de fête à table, l’ACP a repris des couleurs, la grande majorité de son effectif roulant a répondu présent.

 

Dimanche 9 juillet

 

C’est le grand jour. La météo n’est pas brillante, voire inquiétante, qu’importe ! Pour ce grand jour, la canicule nous lâche les cale-pieds à notre grand soulagement. Si on doit succomber, ce ne sera pas comme poulet rôti aux herbes de provence.

Jour de repos du Seigneur ? Sans doute, mais pas vraiment pour les misérables besogneux descendants d’Adam et Eve que nous sommes. J’ai l’intuition que l’on va payer très cher le péché originel, par la faute de qui ? Hein ?

Première mondiale, douze maraîchins sans leur pigouille vont grimper sur le toit de la Provence. Il est vrai qu’elle ne serait pas d’une grande utilité, hormis mettre un coup derrière les oreilles à celle ou celui qui abandonnerait. En d’autres lieux, on appelait ça un aide-pédagogique.

Trois itinéraires permettent d’accéder au sommet, par Malaucène, par Bédouin ou par Sault. Ce dernier village est sans conteste le trajet le moins difficile mais aussi le plus beau.

Pour les deux premiers la difficulté est sensiblement la même. Dans les deux cas, on crache boyaux et petit-déjeuner.

Pour nous, ce sera Bédoin.

Pour rejoindre Bédoin à quelques kilomètres, un petit échauffement nous est gracieusement proposé par notre Maître-à-penser-de-tout avec la montée du col de la Madeleine, un amuse-jambes. Redescente sur Bédoin et nous voici, douze pèlerine  et pèlerins  jetées (français inclusif) dans l’aventure très incertaine de ce redoutable défi sur soi.

A présent c’est l’appel du Ventoux qui nous gagne.

A l’assaut ! Taïaut !

Chacun va suivre son chemin de croix à son rythme, soit 22 kilomètres de pur plaisir.  Aucun risque  de se sentir isolé, telles des chenilles processionnaires, les valeureuses et valeureux cyclistes sont légion en quête d’une nouvelle performance pour certains, d’un petit exploit pour des novices du vélo, du vétété…

Notre minot, Charly, du haut de ses 18 printemps est venu pour s’éclater, faire un chrono.

Notre ambition est plus modeste, celle de ne pas éclater (dans l’autre sens), exploser en plein envol vers le sommet.

Rapidement,  nous entrons dans le vif du sujet, une rampe de 8/9 % nous souhaite la bienvenue.

Le cardio s’affole, et ce n’est que le début. Plus qu’une vingtaine de bornes. Les battements du cœur résonnent  jusqu’aux tempes.

Nous voici tous, inconnus, connus unis dans cette même galère. Un point commun pour la grande majorité, la souffrance qui  n’est plus un mot galvaudé mais prend tout son sens.

Cette fois ce n’est pas une image, on a vraiment la tête dans le guidon.

L’horizon ? Celui de son pédalier. L’attention ? Celle des bornes kilométriques, 17…16…15 … Pour ceux ou celles, prévoyants, armés d’un 36x30, voire moins, la situation sera un peu moins périlleuse. Pour les autres, ils auront une heure et demie – deux heures pour méditer leur légèreté, voire leur insouciance béate…bien fait !

Mais « Qui a eu cette idée folle de vouloir grimper le Ventoux ?  Bis... »  Ça vous rappelle une chanson des  sixties les anciens ?

Cette première partie se déroule en zone boisée, pas de Ventoux en vue. Il se fait désirer.

Mais Bon D… ! On ne s’est pas trompés de route ? Manque de bol, histoire d’être plus léger je n’ai pas pris le portable pour m’en inquiéter auprès de Gérard. J’ai l’impression  de jouer au Shadock à pédaler, pédaler à l’infini.

Seul point de repère les kilomètres qui s’égrènent lentement, lentement. Les virages en épingle qui se succèdent les uns après les autres, leur sortie souvent difficile, ils ne nous livrent toujours pas cette image de cette montagne pelée, notre graal, notre firmament.

Alors à quoi pense-t-on durant ce long effort ? En vérité, pour moi, pas à grand-chose.

On est fixés sur l’effort à fournir. Tenir, tenir est le maître-mot. S’arrêter pour récupérer ? Pas trop fana, faut repartir ensuite, ce n’est pas toujours facile. Heureusement on n’est pas seul, notre attention est captée par celui sur lequel ou laquelle on revient ou inversement celui/celle dont on entend le souffle qui se rapproche.

 Faut pas que j’m’arrête, faut pas que j’m’arrête ! Accroche-toi Jeannot, c’est le leitmotiv de la matinée.

Le mi-chemin est presque atteint. Encore un peu, le compte à rebours se déclenche … encore 10 kilomètres, c’est énorme, mais psychologiquement ça procure un bien immense. Les montées sur Saint Rémy, sur Lesson, sur Mervent ? Ah bon ? Parce que ça monte là-bas ? Faut un niveau à bulle pour s’en rendre compte !

Alors qu’ici, c’est de la grimpe pour les hommes, les vrais, les cyclistes confirmés, pardon Françoise, les vraies femmes ! J’oubliais ta caste ;  je reprends, c’est pas pour les rigolotes/rigolos du dimanche après-midi après la pâtisserie dominicale, en vélo hollandais, avec le dernier-né dans un panier à l’arrière, en famille, avant les vêpres.

Péniblement on s’extirpe de la forêt. Enfin on distingue notre but, il est là mon beau, mon « précieux », dominateur, orgueilleux.

Un point de regroupement s’opère au Chalet Reynard, un arrêt salutaire pour quelques- uns. Il est le bienvenu, un court moment de récupération un peu avant l’assaut final.

C’est la luuuuutteee finale ! Groupons-nous camarades. Ensemble nous vaincrons…

Grande satisfaction  pour notre  troupe, aucun abandon pour le moment, personne n’a exercé son droit de retrait. ‘reusement !

 Mais ce n’est pas fini, fichtre ! la perspective de cette route au départ du Chalet Reynard qui se lance à l’assaut du mont n’emballe guère notre communauté. La vision de cette rampe au redémarrage abrupte marque vraiment les esprits par sa forte pente, encore plus et très rapidement les mollets.  Restent 6 kilomètres à faire fondre la cellulite où ce qu’il en reste.

Quand faut y’aller… La procession reprend son cours.

Le décor est nouveau, minéral, fait de rochers et de pierriers, la végétation qui subit des conditions extrêmes de chaleur, de froid, de vent a du mal à s’épanouir, on est à près de 1500 mètres d’altitude. A droite, le flanc de la montagne, à gauche, sous un ciel sombre, « la plaine », loin, très loin au pied de ce massif avec l’infini en toile de fond où le regard n’accroche aucun obstacle.

Nous passons devant la stèle commémorant le décès de Tony Simpson, des fleurs honorent sa mémoire. Il s’agit d’un coureur, champion anglais décédé dans cette ascension lors du tour de France 1967. Le malheureux avait un peu trop dégusté les fruits interdits du cyclisme.

J’préfère ne pas m’attarder sur cette image fugace. Toujours cette superstition, j’suis pas pressé de gagner l’Eden, même celui des cyclistes. Fait  aggravant, je n’ai pas pris ma patte de lapin, ma salière, et le fer à cheval. Trop lourds !

Enfin l’arrivée se dessine. Au sortir d’un tournant, le relais se dresse sur un piton, il se détache nettement sur ce ciel gris.  Le col est proche. Des photographes professionnels prennent des clichés de tous ces téméraires en voie de réussir leur pari. A charge ensuite, sur internet, de retrouver la photo qui ira orner le salon, où le poster placé en évidence à l’entrée de la maison. Obligation sera faite pour les visiteurs de saluer respectueusement après s’être essuyé les pieds et découvert.

Et en cette matinée du dimanche 9 juillet 2017, nos avatars de la capitale du Marais sauvage, les uns après les autres touchent au but ? Encore 80 mètres à parcourir ! Le martyr est fini ?!

NON !

Au pied de ce mamelon, géologique, où trône ce relais, un col, le bien-nommé col des Tempêtes nous attend à sa manière.

Le nom n’est pas usurpé. De fait, dans la  dernière épingle qui nous permet de terminer les quelques  dizaines de mètres restants, au risque d’être assurément déséquilibrés un vent tempétueux nous contraint de mettre pied à terre.

Venant de la plaine 1500 mètres plus bas, il prend de la vitesse sur les flancs de la montagne pour s’engouffrer dans ce col, passage obligé pour nous. Autre petit souvenir mémorable à relater pour nos générations futures.

C’est enfin la délivrance ! Avec nos modestes moyens, mais avec une énorme détermination,  nous aussi  avons gravi ce col mythique, théâtre de grands et tristes moments sportifs. 

Cause intempéries, nous gagnons à pied l’arrivée, une grande place où c’est l’effervescence et le point de jonction des deux routes d’accès, de Malaucène et de Bédoin. Beaucoup de cyclistes évidemment, femmes, hommes, transgenres ?, mais ceci ne me regarde pas. On entend parler anglais, italien et bien d’autres langues. Quelques voitures peinent à traverser cette pacifique cohue colorée par tous ces beaux maillots.

Récupération, achat du maillot-souvenir ou breloque de ce lieu saint. Les visages décomposés, grimaçants, gris, livides, rouges à un kilomètre de là  sont désormais épanouis et reprennent des couleurs.

 Les commerces sont très affairés et peinent à satisfaire les nombreux chalands. Nous voici tous arrivés, le pari est gagné, le scepticisme n’est plus de mise,  un grand bravo !

Le temps est frisquet, venteux, incertain ; Xavier,  notre dévoué sherpa depuis le départ de Saint Hilaire, qui a pu accéder au parking situé en contrebas du lieu d’arrivée, nous apporte nos k-ways.

Mais pour ce grand moment de notre modeste vie de cycliste, ci-après quelques propos rapportés   tenus ci et là  par nos nos joyeux compères fiers à n’en pas douter de la prouesse accomplie.

Afin d’éviter de me faire vilipender et traiter de misogyne invétéré, Françoise sera la première, à mon grand regret, à nous livrer ses impressions :

-          Françoise, tu es toute rayonnante, tu as été éblouissante, dur le métier de rédacteur, qu’est-ce qu’il faut fayoter. La seule paludéenne-sansaienne, de l’histoire sans doute, à avoir réalisé cet exploit, que peux-tu nous dire ?

-          Ah j’suis contente, j’voyais J-Pierre ou J-Noël, j’les confonds toujours  i’seront contents de la méprise,  je doute qu’ils  l’apprécient, j’ai failli revenir sur lui, mais tant pis, d’autres mecs ont vu ma roue arrière. En plus l’équipe de Sansais a été meilleure que celle de Saint Hilaire, que du bonheur ! C’était le but de notre préparation dans les Pyrénées, Ah que je suis contente !

-          Merci Françoise, nous sommes très heureux pour toi et Sansais. Mes fesses ouais. Nous solliciterons le conseil municipal de Sansais pour que l’on appose une plaque de marbre en ton honneur devant la mairie. Alors là  je pends le vélo !

A présent nos doyen et vice-doyen du jour :

Jean-Pierre gît allongé  les bras en croix, les yeux fermés.

-          Jean-Pierre, comment vas-tu ?

Ah, ouf,  il ouvre un œil. Oui,  je crois qu’on va le laisser récupérer. Il n’est vraiment pas en état de répondre.

Jean-Noël est avachi contre un mur, une canette de bière à la main qui se vide à l’insu de son plein gré.

-          Comment te sens-tu Jean No après cette montée ?

-          Pour que Jean-Pierre tout proche entende, Ah, super-chouette, j’la referais bien cet après-midi !

-          Mon œil, il est complètement à la ramasse, il a les yeux au milieu de la tête.

-          Tiens, mais tu bois une bière ?

-          Oui, oui, c’est pour me recharger en sels minéraux !

-          Avec tout ce qu’il a perdu, si ça pouvait le recharger également en neurones!

Décidément les Dupont ne sont pas très gaillards. Ils étaient plus en forme pour siffler les bulles de Crémant de Loire à Saint Hilaire Saint Florent il y a quelques années.

 

-          Jean-Phi, avec ton surpoids, pas trop dur ?

-          Qu’est-ce t’insinues, que j’suis gros, t’en veux un pain  l’alevin, ouais ?

-          Pardon. Tu sembles peu marqué par ce long effort, c’est remarquable, quel est ton secret ?

-          J’suis monté à mon rythme, jamais dans le rouge. Sauf dans le passage à 20 %  où j’m’y suis mis, j’voyais plus très clair quand un groupe d’une quinzaine de coureurs m’a dépassé. J’me suis cru dans une mêlée alors j’ai failli faire tourner le moulin à ramponneaux et pi j’ai réalisé que j’étais sur le vélo. Mais c’était bien.

 

-          Ah, Claude, toi le grimpeur, t’as pas été handicapé par ton surpoids au moins ?

-          Après les cols pyrénéens de l’an passé ce n’était qu’une formalité. Mais je suis très content, dans la première partie avant Chalet Reynard, j’ai mis une branlée à Jean-Noël, je n’avais toujours pas digéré celle qu’il nous avait mise dans le Vercors il y a quatre ans. Maintenant, je  me sens plus léger. Dorénavant je roulerai plus serein. Cela couronne tous nos efforts consentis dans les Pyrénées à la Pentecôte et l’été dernier.

 

- Patrick, un grand jour pour toi et une grande satisfaction de ne pas avoir renoncé. T’es pas vraiment un grimpeur… t’es tout rouge, tu vas pas nous faire un coup de sang ? !

- Mmmmh, le regard vide, la moustache qui a encore grisé est de plus en plus en berne que jamais, j’ai cru arrêter… mais… et pi j’me suis accroché… Nicole ! Apporte le whisky c’est la fête pour marquer l’évènement.  Nicole s’exécute. Il boit au goulot. Ouf ça va mieux !

-  Ah René, sa barbe naissante a pris trois jours. Félicitations d’avoir réussi cette grimpette, raconte, ça a dû être terrible après si peu de préparation ?

-          Euh, non !!!  Enfin oui, quand ça montait c’était pas facile, mais j’ai monté tranquillement à cause de mon genou droit…, enfin le gauche. I’ m’a fait mal… enfin pas trop.

-          Oh, quel courage. Encore bravo René, t’était vraiment suicidaire sur c’coup-là.

 

-          Philippe, après les Pyrénées, un nouveau col à ta carte de visite ?

-          Ah oui, c’était super. Mais ça a été, j’ai éprouvé quelques difficultés mais seulement entre le premier et le vingt-deuxième kilomètre, mais je m’sens bien maintenant, c’est sûr qu’à l’arrivée on se sent bien. J’ai pas trop mal aux jambes, j’ai poussé sur les pédales comme dans une mêlée, dommage que l’on reparte demain, je l’aurais bien fait par Malaucène !

-           Mon œil, t’es écarlate, t’es mort, les côtes, c’est pas trop ta tasse de thé. Encore un peu et tu te faisais éjecter dans un fossé par ta femme.

 

-          Loïc, le dernier-né de l’ACP, tu n’as pas trop le profil du grimpeur, style Froome, depuis peu parmi nous et novice sur le vélo, tu as dû affreusement souffrir ? Le volley et la pétanque n’ont que peu de points communs avec le  cyclisme.

-          C’est vrai,  c’était  pas facile, mais je me suis entraîné dans les côtes entre Sansais et Saint Hilaire, ça a été payant. J’ai mouliné, mouliné. Je suis parti dernier, j’en ai remonté un, puis un second, un troisième…

-     On ne donnera pas les noms pour ne pas heurter leur vanité. C’est vrai on a l’esprit sport dans le vélo mais dans certaines limites. Ainsi on aime bien montrer sa roue arrière, mais le contraire beaucoup moins quand il s’agit de voir celle de celui qui est devant, n’en parlons pas s’il s’agit de celle d’une nana. Moi à leur approche je feins l’arrêt vessie.

-     Oui, oui, c’est très bien Loïc, tu crées presque la surprise. Tiens, ton vélo semble bigrement lourd ? Chut, oui  oui, en effet j’ai un petit dispositif dans le cadre qui m’aide un p’tit peu. Mais (re)  chut, on ne dit rien ! Jean-Noël prend du viagra comme rajeunissant-énergisant. C’est Jean-Pierre qui le lui donne il le tient de Christian, qui le tient de Jean-Phi, pt’être de Gégé… moi j’utilise une énergie électrique comme adjuvant.

-          Encore bravo à toi pour cette surprenante  performance.

 

Cédric, de Sansais, invité de la dernière heure pour cette grande cause nous fait part de ses impressions.

- Ça n’a pas été facile Cédric, avec peu de prépa, 500/600 kilomètres, ça s’est pas trop mal passé semble-t-il ?! Que penses-tu de cette ascension et de l’ACP ?

-  Avec 5 ou 600 kilomètres, c’était bien, un peu dur sur le dernier kilomètre, mais sans plus. Je signerai pour l’année prochaine.

 

-  Nous serons ravis de t’accueillir à l’ACP.

 

-           Rejoindre l’ACP, ç’aurait été avec plaisir, mais ça sent un peu trop la naphtaline et l’antimite. Je suis jeune, j’irai sur Niort. L’ambiance est super, je garderai un bon souvenir de ces deux journées.

-          Merci pour la sincérité de tes propos, ils nous vont droit au cœur.

 

A présent la réaction de notre minot, il a remis ses jarretelles aux mollets, il est tout pimpant, l’œil vif, le visage frais et rose. A son état de fraicheur est-il monté en vélo ou en voiture avec papa ?

-          Alors Charly, cette montée, pas traumatisante semble-t-il, ça fait très longtemps que tu es arrivé ? Tu es content ?

-          Ouais, pour attendre les autres  je suis monté sur une jambe, et  pi…

Xavier le papa intervient.

-          Charly, tu vas prendre froid,  couvres-toi, tu veux un chocolat ?

-          Ouais ! Et pi en roulant trop lentement avec eux, déséquilibré, j’ai failli tomber, alors j’ai accéléré. Mais demain et après-demain, j’me lâche, j’mets le turbo.

-          Bonne chance Charly pour ces futures ascensions.

 

N’oublions pas notre assistant, chef de bord de la voiture balai et de toute son importance.

-          Xavier, plus de six cents kilomètres à nous veiller, à jouer le Saint Bernard, à rester en permanence vigilant au regard de la circulation, que peux-tu nous dire de cette expérience ?

-          Ras le bol ! ça ne roulait pas, heureusement à 10 km/h j’ai pu somnoler pour trouver le temps moins long. Le regard s’illumine. Mais vous avez vu mon Charly, Froome lorsqu’il était jeune ! Je le sens mûr pour intégrer la FDJ.

Enfin une réaction de notre bon président, l’impérator Gérardus Longinius :

-           Gégé, est-ce que tu…

-          Avé !  Eh matelot, pas de familiarités pour une interview qui passera dans les médias.

-          Beeen, permettez-moi, s’il vous plaît Président, comment avez-vous vécu cette ascension. Le relief n’est pas, vous me permettrez de le souligner, oui ce relief extrêmement exigeant  n’est pas vraiment le profil où vous vous épanouissez,  votre terrain favori n’est-ce pas ? Vous direz certainement un mot de ce grand moment de l’Amicale ?

-          Je vais être bref, je me sens très bien. Dans les commandos marine, on a été formé à endurer des nuits et des jours de crapahut avec le barda et arme sur le dos, alors deux heures à transpirer un peu assis sur une selle de vélo avec pour tout paquo un bidon de flotte, quelle question idiote matelot !

Cela dit, ce fut une excellente semaine, avec une organisation parfaite. Une logistique sans faille, bien rodée, mais perfectible j’en conviens ; elle se termine comme elle devait se terminer, en apothéose. Toute la troupe a réussi l’objectif fixé, je suis satisfait du devoir accompli de mes décurions. Ils se sont bien battus. Cela dit, j’aurais toutefois voulu que le groupe arrive au sommet derrière son Président, décidément il n’y a plus de respect pour la hiérarchie comme il y a plusieurs années.

A leur état de fraîcheur, l’année prochaine on passe aux choses sérieuses, l’Alpe d’Huez, la Bonnette et l’Isoard. Je compte sur la présence effective et efficace de tous les amicalistes roulants  pour porter haut les couleurs de notre club. Les absents, ces fainéants, devront fournir un certificat médical ou un justificatif écrit de leur employeur.

 

-          Je crois que les effets combinés de l’altitude et de la fatigue semblent lui être néfastes. Merci Monsieur le Président de m’avoir consacré un peu de votre précieux temps. Cela sera diffusé en « prime time » sur Télé-Marais et Radio-Pigouille.

 

-          Y’a pas de quoi.  Rompez !

 

A présent on immortalise ce grand moment, c’est le cliché devant la pancarte indiquant le Mont Ventoux et son altitude, 1909 mètres.  Toutes dents dehors on se montre sous nos plus beaux atours. On ne veut pas montrer à notre postérité des visages liquéfiés, déconfits, le regard complètement éteint ou hagard, le cheveu ébouriffé, pour ceux qui en ont encore…

Comme ils sont beaux tous ces clones !

 

Regrets car manquent  Bernard, Pierrot, qui n’auraient sûrement pas démérité dans ce parcours exigeant, Christian, et surtout notre king de la montagne, notre balbuzard à moustache du marais, Joël qui adore les côtes inversées. Comme ils se seraient épanouis les gâtés ! Eux présents, la fête aurait été complète. J’oublie volontairement Loïc de la Névoire qui nous boude depuis trop longtemps. Ouuuhhh ! Dégonflé !

 

Petit moment amusant, nombreux sont les cyclistes qui se pressent vers cette fameuse pancarte qui indique ce lieu magique. Comme  au rayon charcuterie d’une grande surface pour pouvoir à leur tour être pris en photo, il faut patienter et prendre une petite file d’attente.

 

La fraîcheur n’incitant  guère à s’éterniser malgré ce magnifique panorama qui s’offre à nous et durement gagné, c’est la descente qui faut entreprendre.

A présent ce sont les freins qui vont être sollicités. Il est vraiment souhaitable  qu’ils aient été révisés et  fonctionnent parfaitement…

Comme à chaque raid, le goût du risque reprend le dessus. Sûr que les sensations sont au rendez-vous pour ceux qui le désirent en frisant les 80 à l’heure, oui oui vous avez bien lu !

Moi, je préfère assurer, même avec une chambre réservée aux Urgences de Niort comme fidèle patient, c’est donc glorieusement, plus exactement piteusement que je redescends avec la voiture balai. Après tout le but était de monter.

Faut assurer les prochains raids à vélo et non dans la version handisports, car s’il en est un qui doit rater un tournant ou connaître un léger désagrément, cherchez le chanceux ! A l’aller j’ai la roue arrière, mal refixée le matin,  qui est sortie de sa fourche, par chance encore une fois cette petite farce s’est passée après un bref arrêt dans une montée, en repartant. Même désagrément à vive allure dans une descente !!!

 

Nous retrouvons le camping, cette fois nous apprécions la chaleur de la plaine contrastant avec la fraîcheur de la montagne pourtant si proche pour profiter pleinement de la piscine relaxante.

Promenade l’après-midi à Malaucène encore envahie par les cyclistes.   Boisson à la terrasse d’un café, dans ce temple du vélo, des bistrotiers ont judicieusement installé des TV pour attirer les consommateurs. A l’évidence le business fonctionne, l’idée était bonne.

La journée se termine autour d’une grande tablée, nos marmitonnes patentées subissent un nouveau coup de feu. Quelle abnégation !

A la veillée, presque, car en ce début juillet les journées sont longues et la fatigue de la matinée ne pousse pas à s’éterniser, Gérard se transforme en conteur de ses bons moments passés dans la grande muette, l’auditoire est captivé, de quoi déclencher des vocations. Mais hormis notre minot, l’âge de ces auditeurs peut être un sérieux obstacle.

 

Lundi 10 juillet

 

            Programmée ce matin, une petite sortie dite de « récup » d’une petite quarantaine de kilomètres dans les environs devrait plaire à la communauté et sera menée par Philippe, capitaine de route d’un jour. De plus nos Sansaiens doivent reprendre la route en début d’après-midi, alors pas d’excès.

Charly préfère s’isoler, ras le bol des anciens ! vive la liberté !  et c’est par Malaucène, dont on dit le plus grand bien par sa difficulté, qu’il va de nouveau affronter le Ventoux, attiré par son air pur, loin de ces miasmes fétides de la plaine.

           Mais l’arrière-pays  Provençal  n’est pas le Marais. Nous regrimpons une nouvelle fois le col de la Madeleine, et sous le soleil méditerranéen nous enfonçons dans cette région enchanteresse que la route sillonne par monts et par vaux. Les cigales sont bien réveillées et stridulent  de  tous  leurs élytres. Nous traversons Bédoin, village typique, sa fontaine, ses platanes, un marché et ses produits locaux nous détournent de l’axe principal pour emprunter avec bonheur ses rues étroites qui se protègent ainsi des chauds rayons du soleil brûlant de l’été. En retrait, loin de la côte, l’air marin est ici inconnu.

           Naturellement ces courtes montées déclenchent des montées de testostérone chez certains, et se sentent obligés de pousser leur romance à leur façon. D’autres préfèrent « pousser » dans  les descentes. On sent les esprits plus légers, les jambes aussi. La hantise de grimper le Ventoux n’est plus qu’un lointain souvenir, et pourtant ne remonte qu’à peine trente heures. La sortie peinarde annoncée n’était qu’un mirage. Promesse qui n’engageait que ceux qui voulaient y croire.

           A chacun ses petits plaisirs.

            Assurément, l’effort du Ventoux a bien été digéré. Le projet Alpestre paraît tout à fait d’actualité, pour le moment tout au moins.

            Avec émotion arrive ce douloureux moment de séparation, nos amis sansaiens reprennent la route. Mouchoirs blancs agités par le mistral et pour sécher notre émotion, c’est la séparation.

            Moi je pense qu’ils se déballonnent pour le lendemain, où ce beau Ventoux va nous revoir, en clair c’est un cas avéré de désertion.

            Itou pour Jean-Pierre, la grimpette de l’avant-veille ne s’étant pas très bien déroulée, et conformément à ses souhaits, il exerce lui aussi son droit de retrait. Et vers quel horizon digérer cette immense déception ? Direction les Alpes ! Ouais, il va s’enfiler la Bonnette à plus de  2600 mètres, ainsi que l’Isoard, l’Iseran (à confirmer)??? Sans petit moteur électrique svp.

            Nos respects à ce septua ! bon, c’est vrai,  ça me coute d’écrire cela, il faut reconnaître le mérite ainsi que la valeur du doyen. Souhaitons que l’on soit en mesure et encore plus d’avoir la volonté de réaliser cette même prouesse à son âge canonique venu.

                                                                      

                                                           Mardi  11 juillet

 

            Nouvelle grosse journée de dur labeur. Voici nos bédouins du début de l’aventure entreprise il y a une semaine et toujours présents, bons pied et œil ? Moins sûr. Au programme une nouvelle ascension, quand on aime…Trois la feront à pied, les trois autres resteront collés un jour de plus  à leur vélo.

            De fait, René, Patrick et Jean-Philippe seront piétons. Ce dernier aura le temps de méditer ainsi de ses errances endurées sur le chemin de Compostelle ainsi que sur le GR 20, vous savez ce chemin muletier très pittoresque  qui traverse l’île de beauté du Nord au Sud, ou du Sud au Nord, en plongeant dans des abîmes sans fond pour remonter sur des cols escarpés et des arrêtes rocheuses où le masque à oxygène serait presque indispensable, tout ceci sous l’œil  gourmand de vautours attendant qu’un malheureux dévisse. C’est l’horreur !

Quant aux trois autres dont Gérard qui prend goût aux montées, notre météorite Charly  le minot, etc., c’est par le troisième itinéraire  qu’ils s’élanceront, de Sault, distant d’une quarantaine de kilomètres de Malaucène.

Au fond de gorges, à flanc de coteaux où s’accrochent  quelques petits villages, des champs de lavande, nous sommes vraiment en Provence, la vraie, celle des cartes postales, loin des axes encombrés. La route qui nous y conduit  est des plus charmantes.

Quel dommage, nous ne rejoindrons pas ce nouveau point de départ à vélo, sollicité encore et toujours, notre dévoué conducteur nous dépose sur un grand parking prévu pour accueillir les courageux.  Bon, on ne va gémir de venir en véhicule pour cette dernière épreuve.

Comme pour la première ascension, chacun monte à son rythme. En ce début de matinée la route est quasi déserte, très peu empruntée, contrastant avec celles de Malaucène et Bédoin. Et pourtant elle pourrait faire le bonheur pour des coureurs insuffisamment préparés. La distance est plus longue, 26 kilomètres, et naturellement moins pentue, il n’y a pas de tronçons avec dénivelée important. Grosse différence également, un long plat aux trois quarts de la montée permet de récupérer, de se relancer et de mieux aborder les derniers kilomètres qui eux sont communs. En effet cette route rejoint le Chalet Reynard, endroit connu… où commence le cauchemar … avec cette jolie perspective sur ce « mur de 6 kilomètres »  qui nous accueille de nouveau.

Nous les anciens, nous atteignons le sommet, c’était notre but. Il est atteint une nouvelle fois. Cela suffit à notre bonheur.

Le Minot, lui, a allumé et libéré les fusées. Avec un coureur confirmé qu’il rattrape dans l’ascension, il effectue un excellent chrono. Cette performance permet de le situer en excellente place dans le palmarès des temps réalisés. Oui petite merveille d’internet, les internautes s’inscrivent dans ce classement officieux et annoncent leur temps. Cela permet de se situer.

Papa Xavier en est tout ému, Charly, à l’insu de son plein gré, c’est sûr, sera la relève de Virenque !

Il y a deux jours, nous avions la tempête au sommet, cette fois Eole s’est un peu calmé mais la fraîcheur s’est encore accentuée. Le soleil brille par son absence et ne réchauffera pas cet endroit magique.

Tout le groupe se reconstitue, les marcheurs (ceux de l’ACP, pas ceux du Mouvement) partis à la fraîche à cinq heures, et les cyclistes. Dernières photos et c’est la descente. Jean-Philippe la fera à pied, dans les pierriers. La montée n’est pas marrante, la descente l’est encore moins dans un endroit abrupte avec sol instable.  Itou pour Gérard, mais en vélo, avec cette foutue manie de vouloir affoler le compteur et cette fois-ci, dans le brouillard pendant la première moitié de la descente. C’est pas qu’ça m’gène, mais ça m’perturbe. J’imagine le pire, les freins lâchent, ce serait vraiment ballot, et la régence de l’ACP passerait alors sous la coupe du sexe dit à tort «  faible », quel cauchemar ! Pour le coup je m’inscris dans l’antenne départementale cycliste de l’abbaye de Solesmes.

Fort heureusement ce funeste présage ne se réalisera pas. Nous retrouvons notre douillet camping.

Sans attendre le retour de notre Jean-Phi, marcheur impénitent qui  nous rejoint dans l’après-midi un tantinet éprouvé, pour nous, le réconfort ne peut attendre, surtout ce divin breuvage à base de jus d’orange préparé avec soin à Saint Hilaire, que de compétences notre Guide !

Cette dernière journée se termine  dans l’apothéose et marque un terme à cette éprouvante huitaine. Combien de souvenirs mémorables des régions traversées et de ces moments amicaux vécus nous resteront en mémoire. Comme toujours ce sont des semaines, des mois, voire des années plus tard que nous apprécierons pleinement l’importance et la valeur de ces moments. Ce sentiment est d’autant plus fort lorsque le destin frappe.

Après plus de 600 kilomètres nous retrouvons nos logis et leur confort, soulagés, tout simplement heureux des performances accomplies, et doublement par la somme des efforts consentis.

Une nouvelle fois rendons grâce à nos marmitonnes habituelles, scotchées à l’inventaire du raid annuel de l’association depuis de nombreuses années et Xavier, pilote émérite de la voiture-balai. Pour ceux-ci, toujours dévoués, souriants, sans marquer le moindre signe d’impatience ou de lassitude, nous leur témoignons toute notre reconnaissance ayant largement contribué à la réussite de ce raid.

Les semaines ont passé, dernier exercice de l’Amicale, le loto. Il a eu lieu en novembre. Une participation correcte de 300 joueurs environ, mais une belle satisfaction quant au bénéfice réalisé de 1500 euros (chiffre arrondi). Les détails et  chiffres seront précisés lors de l’AG le 13 janvier 2018.

Bonne lecture, joyeuses fêtes de fin d’année.

Votre obligé,

Jean-Noël

Contact

Amicale Cycliste Paludéenne